jazzOcentre

Blog sur l'actualité du jazz et des musiques amies en région Centre, chroniques musicales et coups de coeur, informations et rencontres autour du jazz d'Orléans à Tours en passant par Blois, Cheverny et ailleurs...

13 octobre 2009

Pierrick Pedron "Omry" : l'aventure continue

Pierrick Pedron "Omry", c'est plus qu'un album et un spectacle. Au fil des mois, la richesse et l'originalité de cette création musicale, entre jazz, rock et influences orientales, se révèlent un peu plus.

omry

Et, de résonnances en émotions, à la rencontre du public, Omry prend les accents d'une formule magique, d'un "sésame ouvre-toi", entr'ouvrant la porte d'un nouvel univers artistique, unique en son genre et terriblement séduisant.

Pour vous permettre de mesurer ce pouvoir de séduction, je vous invite à lire ces deux compte-rendus de concerts récents du Pedron Omry :

-Celui de Maître Chronique, collègue du Z Band et collaborateur régulier de l'excellent magazine Citizen Jazz, qui a posté ses premières impressions après le concert de Pierrick Pedron "Omry" au festival de jazz de Nancy. Avec un extrait sonore live en prime !

-Celui de Guillaume Lagrée, qui raconte  le concert "Omry" au Sunset le 10 octobre dernier. Concert qui sera d'ailleurs retransmis sur France Musique le 16 octobre prochain, pour nous autres, provinciaux et Berlinois.

Ce n'est pas tout ! Parmi les auditeurs, spectateurs, tombés sous le charme de Pierrick "Merlin" Pedron, quelques convaincus d'avoir entendu là matière à s'émouvoir profondément ont décidé de  contribuer à la diffusion du philtre "Omry".

DSC_0005

L'association Pedron Omry a vu le jour, au Journal officiel du 8 août 2009. Elle a pour objectif de "faire connaître, promouvoir et soutenir le travail de Pierrick Pedron. Pour que vive Omry, pour de nouveaux Omry..."

Des cartons d'adhésion sont distribués aux concerts Omry depuis celui du Sunset. Un site internet est en cours d'élaboration, vous pouvez y laisser vos coordonnées pour être prévenus dès qu'il sera opérationnel : http://www.association-pedronomry.com

Et vous savez quoi ? Omry 2 est en marche...

Posté par lapieblesoise à 15:58 - Jazz sur le gaz - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

20 septembre 2009

L'ivre d'image sur son nuage, avec Hadouk trio

Edition spéciale du Z Band, en hommage à François Roudot, dit Roudodoudourou, qui nous a quittés si brusquement.

Je ne l'ai jamais rencontré autrement qu'à travers nos échanges sur le jazz, et la lecture de son blog où j'ai découvert sa patte d'illustrateur. François m'a fait partager sa passion pour le pianiste Marc Copland, je ne pourrai plus l'écouter sans penser à lui. Je ne le connaissais pas vraiment, il me manque pourtant.

Pour accompagner "L'ivre d'image" sur son nuage, j'ai choisi l'album "Live à FIP" du Hadouk trio.

hadouk_trio_fip

Hadouk trio. Derrière ces deux mots se crée un joyeux univers où l'on marie des instruments  -  le hajouj avec le doudouk -, des influences - le jazz avec l'orient -, des jeux - les billes avec le tambour-, et même des mots - le shaman et l'animal -, bref, un monde métis.

Loy Ehrlich (hajouj, kora, sanza et claviers), Didier Malherbe (doudouk, flûtes, ocarina, clarinette alto, saxophones soprano et sopranino) et Steve Shehan (percussions et archets atmosphériques), sont les architectes de  cet  univers multicolore, où chaque composition est une aventure, chaque mélodie un sortilège.

Une vibration profonde, un rythme bruissant, le chant syncopé du doudouk : Vol de Nuit ouvre l'album et emporte immédiatement l'auditeur dans cette autre dimension (où l'on peut tout de même entendre une malicieuse citation des Beatles !)

La mélopée, le sorcier, l'incantation : c'est Shamanimal qui se dresse tout à coup devant nos oreilles ébahies. A la voix éraillée de Wasis Diop, invité de cette session, répond la douceur boisée de la clarinette alto, pendant que la rythmique fluide  fait monter la chaleur de l'intérieur.

Nacarat est un morceau à dédier aux amoureux de la flûte traversière, que Didier Malherbe fait swinguer  sur une broderie de kora de Loy Erlich, avant que Steve Shehan ne laisse parler ses mains nues sur les peaux tendues... Tout en délicatesse.

La flûte encore se la joue latino tendance virtuose sur Salsa Movar, appuyée par une rythmique qui s'amuse à rouler des hanches !

Et puis, les lumières se tamisent, un long bourdonnement soutient l'appel du doudouk, des perles de kora roulent sur le tapis feutré des percussions, et la mélodie s'élance, se déploie, s'épanouit : Barca Solaris, majestueux vaisseau, transporte l'espoir, la vie, la sérénité.

Il faudrait encore évoquer le groove démoniaque de Dragon de Lune, les cloches célestes de Bille en tête, les vagues résonnantes de O'Shehan drum, la mélodie cristalline de Dame de Sable, le swing des sifflets moqueurs de Peau de banane !

Prends ton temps François, beau voyage...

Hadouk Trio  vol de nuit  Oo
envoyé par ploukkk. - Films courts et animations.

Les hommages du Z Band à Roudodoudourou :

Backstabber : Les chaudes nuits d'été du paradis
Belette et jazz : Charlie Haden & Kenny Barron "Night and the city"
Jazz, chroniques et coups de coeur : "Karma" de Pharoah Sanders
Jazz à Paris : Aretha Franklin
Jazzques : Michel Petrucciani "The Prayer"
Jazz Frisson : "Un passant" de Gilles Vigneault par Karen Young
Mysteriojazz :  Billie Holiday
Maître Chronique : John Coltrane & Johnny Hartman
Ptilou's Blog : Michael Blake

Posté par lapieblesoise à 23:46 - Z Band - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

26 août 2009

Marc Copland, pour François Roudodoudourou

roudot

Il signait ses billets du délicieux et imprononçable pseudo de Roudodoudourou.

Il était un des piliers du Z Band, fraternité virtuelle de blogueurs réunis par une même passion du jazz, et publiant tous les trois mois environ un texte sur un sujet décidé en commun.

C'est là que je l'ai rencontré, virtuellement. En lisant son billet sur le pianiste Marc Copland d'abord, puis au fil de quelques échanges, par claviers (d'ordinateur) interposés.

En fréquentant son blog, j'ai découvert qu'il était un artiste, du crayonné et de la couleur, de la poésie et du sourire, de l'espoir et du rire d'enfant.

François Roudot s'en est allé, emporté en trois jours par une soudaine, brutale et terriblement injuste maladie.
Je n'écouterai plus jamais Marc Copland sans penser à Roudodoudourou, qui avait tellement bien su en parler.

Comme un peintre posant ses touches de couleurs,
Copland use d'un toucher délicat, sans heurt,
riche de variations chromatiques et harmoniques.

En compagnie d'autres musiciens - Dave Liebman, Greg Osby, Bill Carothers - Gary Peacock… -
Copland envoûte par cet art du dialogue intimiste et serein,
par cette façon de mener une discussion en marge du fracas du monde,
comme une musique de chambre, feutrée, mais élégiaque.

On comprend alors que Marc Copland privilégie les tempos lents et les ballades,
qui lui permettent de sculpter dans l'air et le silence,
des interprétations toutes en délicatesse et nuances,
jamais mièvres ou racoleuses, mais riche d'une rêveuse mélancolie,
qui déploient un  art poétique de l'intériorité,
dédié à la fragilité de l'instant et à l'évanescence des choses,
avec une sensibilité toute chinoise de la suggestion et de l'effleurement.

Posté par lapieblesoise à 23:34 - Jazz sur le gaz - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

23 juillet 2009

jazzOcentre fête sa première année

Eh oui, le temps passe vite, c'est aujourd'hui le premier anniversaire de jazzOcentre !

Un blog démarré le 23 juillet 2008, quatre mois après mon arrivée dans le Loir-et-Cher, largement motivé par  l'abondance de festivals et concerts de jazz dans cette région... après avoir vécu au régime presque sec dans le Niortais pendant quelques années.

Pourtant, dans le Niortais, on peut élever des perles comme celle-ci... vue à Jazzin'Cheverny.

G_raldine2

Parmi les événements marquants de cette année de blogging jazz :

-l'intronisation par Z et Ptilou dans le Z Band, un défi à chaque fois pour moi qui n'ai pas de culture jazz au sens classique (!) du terme... Mais ma soupe de légumes cuisinée sur "Oh Yeah" de Mingus restera un bon souvenir de cette année écoulée.

Le plaisir d'échanger avec tous les autres bloggueurs du Z Band, et de découvrir moult pépites jazzistiques en tous genres est heureusement une vraie récompense au stress engendré par des initiatives du genre : "Le jazz vocal en une chanteuse" ou "Guitariste en six cordes" !

-la rencontre virtuelle et/ou réelle de plusieurs fondus de jazz dont l'un a décidé de tout mettre en oeuvre pour me faire connaître et aimer le hard-bop : y a du boulot, mais je vais faire une cure de Cannonball Adderley en octobre, promis.

-des concerts magnifiques : Ahmad Jamal à Orléans, Steve Shehan à La Chesnaie (un peu plus qu'un concert celui-ci, puisqu'il m'a fait créer un second blog), Magma à Paris (rien à voir avec ce blog... encore que !), Henri Texier et son inattendu "Prévert blues" à Blois, Didier Lockwood et ses Jazz angels à Cheverny, Avishai Cohen à Orléans...

-et tout plein de petits et grands moments de jazz partagés avec les 10.504 visiteurs enregistrés par les stats de canalblog depuis l'ouverture de jazzOcentre.

Allez hop, pas d'anniversaire sans "cadeau" : on se l'écoute ensemble, avant d'entamer une seconde année sur jazzOcentre, qui s'annonce plus passionnante encore !


Laurent De Wilde : The Present - écoute gratuite et téléchargement
album proposé par musicMe

Posté par lapieblesoise à 17:36 - Jazz sur le gaz - Commentaires [14] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

22 juin 2009

A choeur et à voix : Mythologies de Patricia Barber

A choeur et à voix,  une publication simultanée des blogueurs du Z Band, est consacrée aux chanteurs et chanteuses. J'ai choisi  Patricia Barber, pianiste, compositrice, auteure... et chanteuse, ou plus exactement, un de ses albums.

barber_mythologies

"Mythologies" de Patricia Barber (2006- Blue Note), est un album de jazz vocal, tout entier bâti sur Les Métamorphoses, long poème épique en latin de 12.000 hexamètres dactyliques (des vers à six pieds, et je n'ai rien bu) du célèbre Ovide.

Du latin pour inspiration (moi qui ai eu 4 au bac) et une chanteuse de jazz (c'est sirupeux et capricieux), tout pour me faire fuir. Et pourtant, cet album-là, je l'ai adoré !

Ceci dit, au-delà de mon -réel - esprit de contradiction, il s'avère que Patricia Barber a quelques atouts.

D'abord, sa voix. Halte aux crécelles si haut perchées qu'on se demande si elles ont encore de l'oxygène, là-haut - en tout cas, nous on a mal au crâne -, et place à la réconfortante chaleur de ce timbre d'alto, posé avec un naturel déconcertant, sans vibrato superflu ni maniérisme. Mais de l'élégance, beaucoup.

Et puis, sa diction. Dans Les Métamorphoses, Patricia Barber est allée piocher quelques personnages assez célèbres, Icare, Morphée, ou Pygmalion. Ses chansons racontent des histoires que son accent anglais oxfordien - un grave défaut d'intellectualisme pour une fille née dans la banlieue de Chicago - permet de saisir sans dictionnaire.

PatriciaBarber

Patricia Barber joue également du piano dans le quartet de cet album, par ailleurs composé de Neal Alger (guitare électrique), Eric Montzka (batterie)  et Michael Arnopol (contrebasse/ basse électrique). Et elle en joue avec autant de naturel et de simplicité que de sa voix, cette fille de saxophoniste.

Mais surtout, Patricia Barber compose et arrange. C'est à sa plume que l'on doit l'intégralité des morceaux de cet album, et le moins qu'on puisse dire est qu'il n'est pas monotone pour un sesterce.

Selon les chansons, elle fait appel à un saxophoniste (Jim Gailloreto), une chorale de gospel, un chanteur hip-hop. Quant aux musiques, elles passent par toutes les couleurs de l'arc-en-ciel jazz, de la ballade acoustique lumineuse ("Morpheus" ) au jazz-rock/latin-jazz  enflammé ("Whiteworld/Oeudipius" ), en passant par un tribal groove d'une sensualité torride sur "Hunger" qui laisse entendre de quelle genre de faim il s'agit...

L'an dernier, Patricia Barber est revenu à de plus sages contrées, en publiant "The Cole Porter Mix", un album consacré aux tubes de Cole Porter. La critique a adoré. Moi, je crois que je vais me remettre au latin.


Patricia Barber : MYTHOLOGIES - écoute gratuite et téléchargement
album proposé par musicMe

Découvrez d'autres chanteurs et chanteuses de jazz en butinant parmi les contributions des blogueurs du Z Band.

Belette & le Jazz : Musica Nuda

Jazz à Paris : Jazz divas

Jazz Frisson : Karen Young

L'Ivre d'images : Anthony Joseph & the Spasm Band

Maître Chronique : Kurt Elling

Mysteriojazz : Jeanne Lee

Ptilou : Elisabeth Kontomanou

(à suivre)

Posté par lapieblesoise à 00:05 - Z Band - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

15 mars 2009

Cordes et âmes : Dr John and Mr Scofield

Cordes et âmes, une publication simultanée des blogueurs du Z Band, est consacrée aux guitaristes. J'ai choisi  John Scofield, né le 26 décembre 1951 à Dayton (Ohio, Etats-Unis).

still_warm"Ce que j'aime dans cet album, c'est que le guitariste joue comme un saxophoniste" : c'est ce que j'ai dit à celui qui m'avait fait écouter mon premier Scofield, Still Warm. Le gars, qui s'essayait au picking, l'avait mal pris.

Pourtant, c'est vrai. A l'époque, on était dans le milieu des années 80, les guitaristes jouaient à trois à qui tirerait le plus de notes le plus vite possible de sa six-cordes. Passion, grace and fire. Beau, mais ennuyeux, à moins d'être guitariste.

John Scofield, lui, vient de passer trois ans chez Miles Davis . Signant au passage quelques compositions communes, dont le chantant "That's right" (Decoy). On est en 1985. Still warm est un des albums de jazz-fusion les plus aboutis de la période, avec ce net penchant pour le funk que Scofield ne soignera jamais, et tant mieux.


C'est donc en toute confiance que j'achetai, quelques semaines plus tard, un autre album de John Scofield. Badaboum ! Pas une note funky dans ce Shinola, enregistré live en 1981, mais un jazz intimiste et mélancolique,  avec une large part d'improvisation dont se délectent autant que Sco ses deux excellents compères, Adam Nussbaum à la batterie et Steve Swallow à la basse. 

A l'exception notoire du dernier morceau, sorte d'ovni hard-rock-jazz de 2 mn 30. Un pied de nez peut-être à quelque exaspération du moment ?  Incongru, et à ma connaissance sans lendemain, il donne malgré tout son nom à l'album !

JohnScofield_AGoGoImprévisible Scofield. Le message est vite compris, et il se répète à longueur de carrière. Le guitariste et compositeur est rarement là où l'on pourrait l'attendre. Quitte à passer pour un mercenaire, pire, un opportuniste : que n'a-t-on entendu sur A Go-Go, son premier album avec le trio jazz-funk Medeski, Martin & Wood en 1997 !

C'était oublier que le funk, la soul, ont toujours fait partie de l'univers musical du guitariste. Hand Jive, paru en 1994, avec l'organiste Larry Goldings et le sax ténor Eddie Harris, en est un éclatant exemple.

Avec John Medeski, organiste génialement allumé,  et ses deux compères, l'aventure vire cependant à la quatrième dimension, dans une fusion jazz/hip-hop/électro/blues parfaitement délirante, où Sco n'est  pas en reste. Qui peut rester assis au-delà des trois premières mesures de "What Now", à écouter en version live sur l'indispensable Out Louder, second album du trio + Sco ?

sco_works_for_meLa discographie de John Scofield, riche d'une quarantaine d'albums (*) enregistrés sous son nom depuis 1977, recèle nombre de changements de cap.  Il y a des albums de guitaristes ( Grace under pressure, avec Bill Frisell, I can see your house from here, avec Pat Metheny), du rythm n'blues originel (That's what I say, hommage à Ray Charles), mais aussi du jazz plus conventionnel (avec Dave Liebman, avec Joe Lovano, et récemment  avec Brad Meldhau, Chris McBride, Billy Higgins et Kenny Garrett pour Works for me, excusez du peu )...

Et tout ceci non pas en périodes successives, comme les balises d'une quelconque évolution linéaire, mais simultanément, ou presque.  C'est ce qui fait à mes yeux - et mes oreilles ! - le charme de ce guitariste, bon technicien sans être un virtuose du manche, que cette capacité à s'ouvrir sans cesse à de nouvelles expériences, sans renier les précédentes. Dr John et Mr Scofield.

(*) Dont ces trois-là, que j'aime beaucoup, tous différents :
Still warm (1985) , avec Daryl Johns (basse), Omar Akim (batterie), Don Grolnick (claviers).
Time on my hands (1990), avec Joe Lovano (saxophones), Charlie Haden (contrebasse), Jack de Johnette (batterie).
Out louder (2007), avec John Medeski (claviers), Billy Martin (batterie), Chris Wood (basse).

Découvrez d'autres guitaristes de jazz en butinant parmi les brillantes contributions des blogueurs du Z Band :

Z et le jazz : Eric Löhrer
Maitre chronique : John Mc Laughlin
Mysterio jazz : Gabor Szabo
Ptilou : Mike Stern
Jipes : Charlie Hunter
L'Ivre d'Images : Lionel Loueke
Bladsurb : Manu Codjia
Jazz Frissons : Kurt Rosenwinkel
Noctamblues : Barney Kessel
Jazz à Paris : Marc Ribot & Hasse Poulsen
Backstabber : Adam Rogers

Posté par lapieblesoise à 23:10 - Z Band - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

12 janvier 2009

Tous sur Mingus : Oh Yeah !

Le 5 janvier 1979, il y a trente ans, disparaissait Charles Mingus, contrebassiste, pianiste et compositeur de jazz. Le Z band, collectif de blogueurs, a choisi de marquer cette date en écrivant "Tous sur Mingus !"

Voici tout ce que vous pourrez découvrir sur ce musicien, en parcourant les liens suivants :

Z et le jazz : Change one, Change two

Backstabber : Tijuana moods

L'Ivre d'images : Blues and Roots

Mysterioso : Les relations avec Dolphy

Jazzques : Mingus plays piano

Native dancer : Charles Mingus presents Charles Mingus

Ptilou's blog : L'autobiographie de Mingus "Moins qu'un chien"

Maitre Chronique : Mingus Ah Hum

Jazz à Paris : L'évangile selon saint Mingus

Bien Culturel : Mingus et moi

                                                                     ================================

Quant à moi, je vais modestement mais longuement (on n'est pas pie blésoise pour rien !) tâcher de vous faire partager ma découverte de l'album "Oh Yeah !" Personnellement, si j'étais tombée sur cette pochette-ci...

mingus_triste

... j'aurais sûrement trouvé un excellent prétexte pour ne pas rendre ma copie. Du genre, "J'aurais vraiment a-dô-ré participer, mais je concours incognito dans le Vendée globe, et le vent se lève sacrément entre les glaçons..."

Parce qu'autant vous le dire de suite,  il y a quelques semaines encore, je ne connaissais de Mingus que le gimmick de Jonasz "Eh gus, tu connais Charlie Mingus ?", ce qui, malgré mon imagination fertile, eut été un peu court pour pondre une note dans le concert du Z Band.

(interlude : cette histoire s'annonce plutôt longue, allez donc vous faire une tasse de thé, je vous attends)

Fort heureusement, dans les bacs du disquaire du coin, en lieu et place de ce type au regard de condamné à l'impôt sur la fortune, un coq, un cochon, un champignon et la soeur cachée de Morticia Adams m'ont immédiatement tapé dans l'oeil.

mingus

La présence de Roland Kirk, divin inspirateur de Ian Anderson, et l'injonction au mangeur de poulet ( un sens caché, c'est sûr, mais lequel ?), ont fini de me décider.

J'ai glissé le cd dans le mange-cd de ma cuisine , lancé le mode "lecture aléatoire", et appuyé sur "on" tout en attrapant mon épluche-patates.

(interlude : les albums qui, à la première écoute, me font lever la tête de mon épluchage minutieux de légume intègrent souvent ma discothèque. Ceux qui me font me laver les mains pour aller regarder le titre sur la pochette rentrent direct dans le panthéon.)

Les premières notes de Devil Woman ont ébranlé les murs. Quoi ? C'est un bluesman, Mingus? Mais pourquoi ne me l'a-t-on dit plus tôt ? Voix rocailleuse et plaintive à laisser l'éplucheur en panne illico, chant de cuivres douloureux à suivre, et piano de bastringue à l'unisson, l'intro ne laisse aucune place au doute. C'est pas Devil woman qui s'exprime, mais sa dernière victime au coeur saignant. Qui, après avoir essuyé quelques larmes bien pleuré par le sax tenor de Kirk, se souvient des jours heureux et raconte, volubile, à travers le tenor de Booker Ervin, avant que la  plainte du trombone ne le renvoie à son chagrin. 9'38 achevées sur un déchirant "goobdye" de Mingus, et pas une patate d'épluchée...


Découvrez Charles Mingus!

La préparation de la soupe s'est bien rattrapée au morceau suivant. Wham Bam Thank You Ma'am, titre mignon pour un truc très bop, où le sax qui s'éclate bien est Booker Ervin si j'en crois les notes de pochette.

Farceuse, la lecture aléatoire m'a renvoyé au début de l'album, sur un Hog Callin' Blues qui m'a moins surprise puisque je sais maintenant que ce diable de Charlie est un bluesman... mais j'avoue que l'éléphant échappé de la parade à la deuxième minute a fait son petit effet ! Sifflets moqueurs, sans doute de ce coquin de Kirk, exclamations jubilatoires de Mingus qu'on imagine sans peine exhortant tout ce petit monde à lâcher les chevaux, et voilà le boogie sympa qui se transforme en ménagerie improbable, en folle fanfare, en expérimentations free à chaque coin de rue, avec une batterie pas en reste de gros effets sonores. Je ne sais pas vraiment quel était le film sur l'écran, mais ce titre est plein d'images !

Passons rapidement sur Oh Lord don't let them drop that atomic bomb on me, non qu'il y ait rien à en dire, mais il se fait tard et je sens que je suis déjà bien trop bavarde. C'est une prière pour de vrai malgré son titre en forme de clin d'oeil, et l'influence de la musique d'église dont le petit Mingus a été gavé est palpable, même si ça swingue quand même un peu trop pour être tout à fait catholique.

(interlude : vous vous demandez des nouvelles de la soupe, peut-être ? Poireaux et pommes de terre ont rejoint les oignons dans la cocotte, et je continue à découvrir "mon" Mingus en attendant qu'ils reviennent)

Une toute autre paire de manches avec Ecclusiastics ! Là, on est carrément dans le registre prédicateur télévivisuel. Ca n'existait pas à l'époque ? Ben si, là. Enfin, pas seulement. Côté voix, on est parfois proche du registre soul, limite rythm'n' blues, pas loin d'un Otis Redding. Côté piano, on passe sans transition d'une ballade au clair de lune à une rythmique enfiévrée. Les cuivres font pareils, mais en plus coloré, en très coloré même. Avec quelques emballements et une contrebasse très walkin' bass mais qui termine à l'archet. Et un petit thème sur quelques notes, qui ponctue régulièrement le tout, comme... comme un "prions mes frères" rythme les différents moments d'un sermon ?


Découvrez Charles Mingus!

Eat That Chiken m'a rappelé qu'il fallait baisser le feu sous la cocotte.

Et c'est tranquillement dans mon salon que j'ai dégusté le dernier morceau de ce Mingus, Passions of a man. Encore un film, mais quel film ! Un kaléidoscope sonore et visuel, quelques incantations d'outre-tombe façon Contes de la crypte, des toms joués façon tam-tam, un bout de western mexicain au moment où la fille attachée sur les rails reprend connaissance et que le train arrive, un Roland Kirk déchaîné qui fait claquer les clefs de ses saxos, une voix de sorcier africain en plein rituel vaudou, une contrebasse martyrisée à l'archet, un rire diabolique et des sifflets sortis de l'enfer... 

C'était mon ascension de Mingus par la face folle, celle qui fait grimper très haut, très loin, très ailleurs. Et sinon, la soupe n'était pas mauvaise non plus.

Charles Mingus "Oh Yeah" (Atlantic), 1961. Avec Charles Mingus, piano, voix et compositions ; Roland Kirk, flute, sirène, sax tenor, manzello et strich; Booker Ervin, sax tenor ; Jimmy Knepper, trombone (magnifique son) ; Doug Watkins, contrebasse ; Danny Richmond batterie.

Posté par lapieblesoise à 01:10 - Z Band - Commentaires [12] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,
« Accueil  1